L’hippocampe, cible privilégiée du « binge drinking »


30 août 2010, par jpanris

L’hippocampe, cible privilégiée du « binge drinking ».

La neurotoxicité de l’éthanol est probablement responsable des dommages fonctionnels les plus fréquents induits par la consommation excessive d’alcool. La nature des lésions cérébrales induites par l’éthanol ainsi que les mécanismes de cette toxicité restent cependant très mal connus. Cette lacune provient, d’une part, de la difficulté à obtenir des tissus humains informatifs et, d’autre part, de l’absence de certitude quant à la possibilité d’extrapoler les résultats obtenus à partir de modèles murins.
Pour avancer sur la question, Taffe et al. ont étudié l’impact d’une consommation d’alcool importante sur l’hippocampe de singes rhésus adolescents. Pourquoi l’hippocampe ? Parce qu’il s’agit d’une des régions du cerveau où la production de nouveaux neurones (neurogenèse) est la plus intense après la naissance. On sait maintenant que cette neurogenèse reste active même à l’âge adulte et des modèles murins ont montré sa diminution chez les animaux consommant de l’alcool. De plus, l’hippocampe est impliqué dans des fonctions cérébrales telles que la mémorisation et l’apprentissage qui sont fréquemment altérées chez les buveurs excessifs, l’altération de ces fonctions pouvant, elle-même, entretenir les comportements d’alcoolisation compulsive (avec donc la possibilité d’une sorte de cercle vicieux). Pourquoi chez les singes ? Leur parenté avec l’homme est bien connue. Les primates non-humains ont un développement cérébral proche de celui des humains et, comme eux, ne se font pas prier pour consommer de l’alcool en grande quantité. (1) Pourquoi adolescents ? Parce qu’il s’agit, d’une part, d’une période où la neurogenèse est particulièrement intense et donc propice à la mise en évidence la neurotoxicité de l’alcool. D’autre part, parce que la question des conséquences cérébrales à long terme des alcoolisations adolescentes est cruciale à l’heure où le « binge drinking » fait figure de problème majeur de santé publique.
Sept singes âgés de 4 à 5 ans ont été inclus dans cette étude. Après une phase d’induction de 40 jours pendant laquelle tous les singes avaient accès à des doses croissantes d’éthanol (jusqu’à 2 g/kg/j), deux groupes ont été constitués pour la phase de maintenance d’une durée de 11 mois : les 4 singes du premier groupe avaient accès à de très fortes doses d’éthanol (3 g/kg) pendant 1 heure tous les jours tandis que les 3 derniers singes n’avaient accès qu’à des boissons non alcoolisées (groupe contrôle). Après cette phase de maintenance puis deux mois et demi d’abstinence, tous les singes ont été euthanasiés.
L’analyse de leurs hippocampes a mis alors en évidence une nette diminution de la prolifération cellulaire et de la quantité de neurone immature chez les singes du groupe alcool. On pouvait également constater chez ces singes une dégénérescence neuronale qui n’était pas présente dans le groupe contrôle. Les auteurs ont pu également caractériser finement quels étaient les types de précurseurs neuronaux affectés par l’alcool. Ces analyses complémentaires suggéraient qu’un déficit de différentiation en neurones immatures était vraisemblablement responsable de la diminution de la neurogenèse chez les animaux exposés à l’alcool.
Les résultats de cette étude semblent donc particulièrement inquiétants puisque, dans un modèle proche de l’homme, il existe encore des altérations importantes dans le cerveau des adolescents à plus de deux mois de l’arrêt de toute intoxication alcoolique. Cela veut-il dire que le « binge drinking » est susceptible d’avoir des conséquences délétères à long terme ? Si on peut légitimement le craindre, il faut éviter de tomber dans un catastrophisme excessif. Le modèle d’alcoolisation choisi par Jaffe et al., à savoir la consommation de 2 à 3 g/kg d’éthanol (l’équivalent de 2 à 3 bouteilles de vin pour une personne de 70 kg) bus quotidiennement en moins d’une heure pendant 11 mois, est un reflet très exagéré de ce qui peut être observé dans la « vraie vie ».
Si les résultats de cette étude sont importants, c’est peut-être plus parce qu’ils offrent des pistes pour essayer de décortiquer les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans la neurotoxicité de l’éthanol. Les données de Taffe et al. devraient orienter les futurs travaux vers les progéniteurs neuronaux qui semblent avoir une sensibilité particulière à l’alcool. Voilà qui cadre bien avec plusieurs constations cliniques bien connues : l’existence du syndrome d’alcoolisation fœtale avait déjà suggéré que les dégâts induits par l’alcool étaient plus importants sur un cerveau en développement ; on sait aussi qu’une des principales conséquences fonctionnelles de l’abus d’alcool sur les fonctions supérieures concerne la mémoire, processus qui sollicite, même chez l’adulte, la neurogenèse ; enfin si l’alcool agit plus en inhibant la production de nouveaux neurones qu’en lésant ceux qui existent déjà cela expliquerait qu’il ait été jusqu’à présent si difficile de caractériser des lésions cérébrales spécifiques de l’intoxication alcoolique.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20534463

(1)L’utilisation dans la recherche biomédicale d’animaux dont le comportement est parfois si proche de l’homme pose cependant des problèmes éthiques épineux qu’il est difficile de ne pas mentionner.

Outox : « Un sentiment de fausse sécurité »


27 juillet 2010, par jpanris

MARNE. Le docteur châlonnais Alain Rigaud, président de l’association de prévention en alcoologie et addictologie, s’insurge à nouveau contre la nouvelle campagne de promotion de Outox, boisson présentée comme « accélérant la baisse naturelle du taux d’alcool ».

« L’EFFICACITÉ de cette boisson contre l’alcool s’apparente à celle du shampooing qui fait repousser les cheveux, à la crème qui fait diminuer le tour de taille durant votre sommeil ou au ballon qui rentre tout seul dans le but ! » Alain Rigaud, docteur marnais et président de l’association de prévention en alcoologie et addictologie, préfère manier la dérision pour dénoncer la nouvelle campagne de communication entourant Outox. Le Châlonnais ne remet pas en cause la boisson, « ce n’est pas un poison, la DGCCRF et l’ANSES n’ont donc aucune raison de l’interdire », mais il peste contre les propriétés que la communication qui entoure Outox lui attribue.
Présentée le mois dernier par ses concepteurs comme une boisson « permettant une baisse sensible à importante du taux d’alcool dans le sang », Outox s’était attiré les foudres de la communauté scientifique et du secrétaire d’État au Commerce et à la Consommation, Hervé Novelli. Un mois après, Outox revient avec une nouvelle communication indiquant désormais qu’elle « permet bien d’accélérer la baisse naturelle du taux d’alcool » et se prévaut du feu vert de la Direction de la consommation (DGCCRF).
Effet « variable d’un jour à l’autre »
« Oui, une dose massive de fructose (l’un des composants de Outox) peut faire baisser de 5 à 10 % l’alcoolémie mais ce n’est pas significatif », rétorque Alain Rigaud. « Si c’était le cas, le fructose serait alors reconnu comme un médicament. »
Sachant que le taux d’alcoolémie chez l’humain baisse naturellement de 0,15 g par heure après la fin de la consommation, « Outox se garde bien de donner des chiffres quant à son action favorisant la baisse d’alcoolémie… »
Quant à la DGCCRF, en attendant un communiqué du ministre, elle vient mettre un bémol : « On n’a rien explicitement autorisé », tout en expliquant au site Rue 89 que « les allégations santé nous posent moins de problèmes ». Et la direction de la consommation d’expliquer que « des messages de prévention ont été ajoutés », « qu’un dossier reconnaissant les effets du fructose a été déposé » et que l’ANSES, ancienne Agence française de sécurité sanitaire des aliments, a été sollicitée pour réaliser « une expertise de l’étude sur les effets du produit »…
Les précautions prises, via des astérisques, par les fabricants, expliquant que l’effet de Outox est « variable suivant les individus, leur poids, leur âge, leur sexe, leur état de santé et d’un jour à l’autre », semblent livrer un premier élément de réponse.
Tout cela serait presque risible si cette boisson, jouant sur le buzz, n’instillait pas la tentation de se livrer à des comportements à risques. « Ce marketing joue sur les croyances et l’espérance des gens qui en tirent un sentiment de fausse sécurité », reproche le docteur Rigaud. « Le fabricant rétorque que ce n’est pas sa volonté, mais il joue avec le feu. »
Frédéric GOUIS

L’alcool, le dernier tabou des femmes


12 juillet 2010, par jpanris

Cinq pour cent des Françaises ont un problème d’addiction. Un phénomène en hausse, engendré par la compétition au travail…

Le JDD Santé | 10 Juillet 2010

Il y a des larmes cachées sous le maquillage, des superwomen qui titubent sitôt passée la porte du bureau. Psychiatre spécialiste des addictions, Fatma Bouvet de La Maisonneuve a ouvert en 2007 à l’hôpital Saint-Anne à Paris une consultation d’alcoologie spécialement destinée aux femmes. Dans un livre qui vient de paraître (1), elle raconte l’histoire de ces employées modèles qui ne viendraient pas à bout de leur double journée sans se doper au Kir ou au Martini.

Si l’alcoolisme des hommes –comme en témoigne le succès de l’ouvrage du producteur Hervé Chabalier–, comme celui des jeunes, est un sujet de société débattu, celui des femmes reste, de l’aveu de nombreux médecins, encore tabou. "La première chose que les patientes me disent, c’est à quel point elles ont honte. Les gens ignorent que c’est une maladie. Pour eux, une femme qui boit est une moins que rien. Alors, elles gardent le secret et leurs familles se font complices de ce silence", relève cette féministe engagée. Une constatation partagée par le professeur de psychiatrie Michel Lejoyeux (2) : "La société a honte pour les femmes. On considère que l’alcool est une affaire d’hommes et on ferme les yeux."
La souffrance au travail est un élément déclencheur

Selon l’Inserm, 5% des femmes ont eu, ou ont toujours, un usage problématique de ce produit (contre 15% de l’ensemble des hommes). En consomment-elles davantage que par le passé ? "On n’a pas de données fiables sur le sujet mais tous les alcoologues reçoivent de plus en plus de patientes", précise le psychiatre Michel Lejoyeux. Les femmes ont tendance à boire seules, chez elles, mais aussi de plus en plus souvent en groupe, avec leurs copines, ou lors de déjeuners d’affaires, copiant les usages masculins.

Sans ignorer le fait que le fléau frappe tous les âges et tous les milieux sociaux, Fatma Bouvet de La Maisonneuve dévoile la détresse de celles qu’elle reçoit dans sa consultation parisienne. Cadres du privé, professeures ou journalistes, toutes brillantes et diplômées, qui, selon l’Institut national de veille sanitaire, boivent plus que les autres. "Plus on est socialement brillant, intellectuellement raffiné, plus on peut se mentir et mentir aux autres", note Michel Lejoyeux. La position de pouvoir constituerait même un handicap, selon ce médecin : "On ose rarement dire à sa supérieure qu’elle a un problème avec l’alcool. Le statut social fait peur et isole."

Pourquoi ces femmes éprouvent-elles le besoin de boire ? Selon Fatma Bouvet de La Maisonneuve, l’élément déclencheur est souvent la souffrance au travail, le stress et quelquefois le harcèlement moral. "Elles peinent à évoluer dans un univers où les valeurs dominantes sont encore masculines et où les inégalités salariales entre les sexes ont peu diminué. Au départ, elles boivent parce que ça les rassure, mais à long terme, cela ne résout rien. Au contraire, cela entraîne souvent des complications anxieuses."

Autre raison de leurs difficultés, selon la psychiatre de l’hôpital Sainte-Anne, l’impossible conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Mais pour le professeur Lejoyeux, le travail n’explique pas à lui tout seul la montée des addictions féminines : "Une dépendance est toujours le résultat de plusieurs facteurs. Outre les facteurs sociaux, il faut prendre en compte la biologie et l’histoire familiale." Tabou dans le tabou, plusieurs alcoologues soulignent que de nombreuses jeunes femmes boivent pour parvenir à avoir des relations sexuelles.

(1) Les Femmes face à l’alcool, résister et s’en sortir, Odile Jacob 2010.
http://www.lejdd.fr/Societe/Sante/Actualite/L-alcool-le-dernier-tabou-des-femmes-206368/

Grossesse : la consommation d’alcool affecterait la fertilité des garçons


5 juillet 2010, par jpanris

Selon une récente étude danoise, les femmes qui consomment plus de 4 verres et demi d’alcool par semaine pendant leur grossesse pourraient affecter la fertilité de leur fils.

Les femmes qui consomment plus de 4 verres et demi d’alcool par semaine pendant leur grossesse pourraient affecter la fertilité de leur garçon. C’est ce que révèle une étude danoise, rendue publique lundi à l’occasion de la 26ème Conférence annuelle de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie, et publiée dans le journal Human Reproduction

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont observé 347 garçons et leurs mères. Résultat : à 20 ans, les hommes exposés à l’alcoolin utero avaient une qualité desperme plus faible d’un tiers par rapport à ceux dont les mamans consommaient moins de deux verres par semaine pendant leur grossesse. L’auteure de l’étude, le Dr Cecilia Ramlau-Hansen, reste toutefois prudente. "Notre étude ne permet pas d’affirmer que l’alcool est la cause de troubles de la fécondité, et de plus amples recherches sont nécessaires avant d’établir un lien causal", a-t-elle précisé. 

1er juillet 2010

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